
Produit durable : deux sens, deux règles pour l'écrire
Sur vos fiches, « durable » promet tantôt un objet qui tient des années, tantôt une fabrication attentive à la planète et aux personnes. Depuis le 27 septembre 2026, chaque sens a sa règle : une durée de vie vraie dans un usage normal, ou un fait précis écrit à côté du mot.
Un filtre « durable » dans le menu, des fiches qui annoncent un sac « construit pour durer », une gamme baptisée « Durable ». Et une équipe de contenu qui ne sait plus si le mot parle de solidité ou d’environnement.
Le mot a deux sens, et la règle suit celui que le lecteur lui prête. Une durée de vie annoncée doit être vraie dans un usage normal ; une promesse de développement durable se précise par un fait, sur la même page.
Depuis le 27 septembre 2026, ces deux règles pèsent sur chaque fiche, chaque filtre et chaque nom de gamme. Reste à repérer le sens que porte votre phrase, ce qu’il oblige à démontrer, puis la manière de la réécrire.
Que veut dire « durable » sur une fiche produit ?
Deux choses, que la DREETS Nouvelle-Aquitaine distingue : le mot ne s’emploie qu’en référence à la durabilité, « soit à la capacité du produit à durer dans le temps, soit à la prise en compte des enjeux du développement durable »1. Le premier sens touche la durabilité du bien, le second une promesse environnementale et sociale.
Pour le premier, la directive 2024/825 définit la durabilité par renvoi à la directive 2019/771 (nouvel article 2, point t, de la directive 2005/29)2. Elle y désigne « la capacité des biens à maintenir les fonctions et performances requises dans le cadre d’un usage normal »3, comme le rappelle notre page sur le texte de la directive 2024/825.
Pour le second, la DREETS parle du « véritable engagement d’une organisation ou d’une entreprise à agir concrètement pour la préservation de l’environnement, le progrès social et le développement économique »1. Cette définition vient d’une page d’information de l’administration : elle éclaire le mot sans avoir la force d’un texte de loi.
Une même phrase peut porter les deux sens, et le lecteur de la fiche tranche : « une valise durable » promet autant la solidité qu’un geste pour la planète.
Chaque sens renvoie à un point différent de l’annexe I : le point 23 octies vise la durée de vie annoncée à tort, le point 4 bis le mot générique sans excellence reconnue2.
L’un se règle par une durée prouvée, l’autre par une précision écrite à côté du mot. Les deux relèvent de l’encadrement des allégations environnementales.

Voici comment se lisent quatre phrases courantes :
| Phrase sur la page | Sens lu | Règle |
|---|---|---|
| « Une valise durable » | Les deux | Durée prouvée, fait précisé |
| « Garantie 5 ans, pièces disponibles » | Durée de vie | 23 octies, garantie |
| « Emballage durable » | Développement durable | 4 bis |
| « Notre démarche durable » | Développement durable | 4 bis, toute l’entreprise |
Un produit durable par sa durée de vie : que faut-il démontrer ?
Que le bien tient la durée ou l’intensité d’usage annoncée dans des conditions normales d’utilisation. Le point 23 octies de l’annexe I interdit en toutes circonstances d’« affirmer à tort qu’un bien présente une certaine durabilité, sur le plan du temps d’utilisation ou de l’intensité, dans des conditions normales d’utilisation »2.
Ce point rejoint les autres allégations environnementales interdites en toutes circonstances. Notre article sur les pratiques interdites de l’annexe I le replace dans la liste noire de la directive 2005/29.
Le considérant 20 prend l’exemple d’un lave-linge annoncé pour un certain nombre de cycles de lavage, « s’il est utilisé normalement et conformément aux instructions », alors que son utilisation réelle montre que ce n’est pas le cas2. Tout tient dans les mots « à tort » : une durée annoncée et tenue reste permise.
Le même considérant répartit la connaissance entre producteur et vendeur : le producteur, qui détermine la durabilité du bien, est « généralement » censé connaître les fausses allégations, et le vendeur s’appuie sur les informations fiables dont il dispose2.
Une panne isolée, due à une défaillance occasionnelle de fabrication, reste régie par les règles de conformité de la directive 2019/7712. La durabilité compte aussi parmi les caractéristiques principales du produit (article 6, paragraphe 1, point b, de la directive 2005/29 modifiée), sur lesquelles la présentation globale ne doit pas tromper2.
Pour afficher une durée, la garantie commerciale engage le garant jusque dans sa publicité : la publicité plus avantageuse l’emporte, sauf rectification avant le contrat3.
Le label harmonisé signale depuis le 27 septembre 2026 une garantie du producteur offerte sans frais, sur tout le bien, pour plus de deux ans4. Notre article sur les allégations sur les fiches produit en détaille l’affichage.
L’indice de durabilité remplace l’indice de réparabilité pour les téléviseurs depuis le 8 janvier 2025 et les lave-linge depuis le 8 avril 2025, avec des critères sur la fiabilité5. C’est une information obligatoire, distincte d’une promesse que vous choisissez d’écrire.

La directive ne fixe pas le niveau de preuve qui suffit : ni seuil d’essai, ni durée minimale, ni méthode imposée. Le seul repère reste le lave-linge du considérant 20, où la durée annoncée se vérifie dans l’usage réel.
Une fiche qui promet « construit pour durer » sans essai ni garantie derrière entre exactement dans ce cas.
Un produit durable au sens du développement durable : que peut-on écrire ?
Le mot seul n’a pas sa place : il devient une allégation générique, que le point 4 bis interdit sans excellente performance environnementale reconnue2. Il cesse d’être générique quand sa spécification figure « en des termes clairs et bien visibles sur le même support » (article 2, point p)2.
Notre article sur les allégations génériques détaille cette règle.
Pour « durable », cette excellence ne suffit même pas. Le considérant 10 l’écrit en toutes lettres : « un professionnel ne devrait pas utiliser une allégation générique telle que « respectueux », « durable » ou « responsable » en se fondant exclusivement sur des performances environnementales excellentes reconnues, car ces allégations ne portent pas uniquement sur les caractéristiques environnementales, mais aussi sur d’autres caractéristiques, notamment des caractéristiques sociales »2.
Ce même considérant cite l’Écolabel de l’UE et la classe A d’un étiquetage énergétique parmi les preuves d’une excellence reconnue2. Pour « durable », elles ne suffisent donc pas à fonder le mot laissé sans précision.
La DGCCRF lit le texte de la même façon et n’ouvre aucun régime à part : « Il n’y a pas de distinction pour le secteur alimentaire »6. Elle conclut que « l’excellente performance environnementale d’un produit ne suffit pas à justifier les allégations « durable » ou « responsable » »6.
L’ARPP range elle aussi « durable » parmi les expressions génériques, à côté d’« écologique », de « vert » et de « responsable »7. La liste des termes visés figure dans notre article sur les mots interdits par EmpCo, mot par mot.
Le mot ne peut pas non plus étendre à tout le produit, ou à toute l’entreprise, un mérite qui ne touche qu’un seul aspect : le point 4 ter l’interdit2. Un emballage en carton recyclé ne rend pas « durable » la gamme entière.
Il reste deux issues : préciser le fait à côté du mot (matière, part recyclée, origine, preuve à l’appui), ou retirer le mot. Aucun label environnemental, seul, n’en ouvre une troisième.
Un nom de gamme suit la même règle, puisque le cadre englobe aussi les dénominations de produits, selon l’ARPP7. Un filtre « durable » appelle la même prudence : il prête le mot à chaque article qu’il affiche.
Le considérant 10 vise aussi « respectueux » : voir notre article sur la mention « respectueux de l’environnement ».
Comment écrire l’allégation « durable » sur un site ?
Remplacez le mot par le fait qu’il résume, celui que vous pouvez prouver. Une durée de vie devient un résultat d’essai ou une garantie, une promesse environnementale devient une matière, une part ou une origine.
La méthode tient en six étapes :
- Lister les pages qui portent le mot.
- Décider du sens visé.
- Chercher la preuve.
- Écrire le fait.
- Sinon, retirer le mot.
- Garder une trace datée.
L’inventaire dépasse les fiches : filtres, menus, noms de gamme, balises title et visuels portent aussi le mot.

La preuve dépend du sens : un essai ou une garantie pour la durée de vie, l’indice de durabilité quand il existe, une composition attestée pour le volet environnemental. Gardez-la datée, avec la page où la phrase s’affiche.
Notre article sur les preuves d’une allégation environnementale liste les pièces à réunir.
Trois cas pour une promesse de durée de vie, selon un fabricant
Pour la durée de vie, le fabricant de matériel de montagne EDELRID publie sa propre méthode, en trois cas8. Elle décrit la pratique d’une entreprise ; la directive n’impose aucune grille de ce genre.
- Un essai existe : dire le résultat tel quel.
- Une caractéristique technique, sans essai de durée : la décrire, sans promettre de durée.
- Ni essai ni élément technique : aucune promesse de durée, de robustesse ou de durabilité.
La marque rappelle elle-même, pour ses équipements de protection individuelle, que la durée réelle dépend des conditions d’usage, des charges, de l’entretien, du stockage et des contrôles réguliers8. Sa page range « sustainable » parmi les promesses environnementales et « durable » parmi les promesses de durée de vie.
L’anglais sépare ainsi deux mots que le français réunit en un seul. Un essai ne rend pas pour autant le mot « durable » acceptable tel quel : il fonde la phrase qui dit le résultat.
Voici trois phrases avant et après réécriture :
- Annexe I, 23 octies
« Valise durable »
Ni durée ni preuve affichée.
Plutôt« Valise testée sur 10 000 ouvertures de fermeture, garantie 5 ans »
1 / 3 - Annexe I, 4 bis
« Emballage durable »
Rien ne dit en quoi.
Plutôt« Emballage en carton, 80 % de fibres recyclées »
2 / 3 - Annexe I, 4 bis
« Notre gamme durable »
Promesse sur toute la gamme.
Plutôt« Gamme en coton biologique certifié, détail des certificats sur la fiche »
3 / 3
D’autres exemples de phrases réécrites, classés par motif.
Une durée annoncée reste une promesse que l’usage vérifie : écrivez seulement celle que l’essai ou la garantie couvre. Placez la précision dans le bloc où figure le mot, sous le titre ou dans la description courte.
Il reste l’inventaire de toutes vos pages, anciennes comprises, là où le mot se pose seul. Un audit greenwashing de votre site relève chaque occurrence, la rattache à son motif et propose une réécriture que vous publiez ou non.
Questions fréquentes
Peut-on écrire « garanti 5 ans » sur une fiche produit ?
Oui, si la garantie est réellement offerte : elle lie le garant selon sa déclaration « ou dans la publicité correspondante »3. Si la publicité promet davantage que la déclaration, c'est la publicité qui l'emporte, sauf rectification faite avant le contrat3.
Quand il s'agit d'une garantie du producteur offerte sans frais, sur tout le bien et pour plus de deux ans, le label harmonisé s'y ajoute4.
Le vendeur répond-il de la durée de vie annoncée par le fabricant ?
Le considérant 20 sépare les rôles : les producteurs sont « généralement censés avoir connaissance des fausses allégations concernant la durabilité des biens »2. Les vendeurs, eux, « devraient s'appuyer sur les informations fiables à leur disposition », comme les déclarations d'une autorité nationale compétente ou les informations fournies par le producteur2.
Un comparateur « le plus durable » doit-il expliquer sa méthode ?
Oui. Quand un service compare des produits sur leur durabilité, leur réparabilité ou leur recyclabilité, la méthode de comparaison, les produits comparés, leurs fournisseurs et les mesures de mise à jour sont des informations substantielles (article 7, paragraphe 7, de la directive 2005/29/CE modifiée)2.
Sources
-
Allégations environnementales : ce qu’il faut retenir, DREETS Nouvelle-Aquitaine ↩ ↩2
-
Directive (UE) 2024/825 du 28 février 2024, EUR-Lex ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5 ↩6 ↩7 ↩8 ↩9 ↩10 ↩11 ↩12 ↩13 ↩14 ↩15
-
Directive (UE) 2019/771 du 20 mai 2019, vente de biens, EUR-Lex ↩ ↩2 ↩3 ↩4
-
Questions & Answers, directive on empowering consumers for the green transition, Commission européenne, septembre 2026 ↩ ↩2
-
Indice de réparabilité, ministère de la Transition écologique, mis à jour le 8 juillet 2025 ↩
-
Labels, scores et allégations environnementales : la directive (UE) 2024/825 décryptée par la DGCCRF, Ilec, 2026 ↩ ↩2
-
Directive EmpCo : les nouvelles règles de la communication environnementale, blog de l’ARPP, 15 juillet 2026 ↩ ↩2
-
EmpCo : service life and quality claims, EDELRID, consultée le 6 octobre 2026 ↩ ↩2
et sur votre site, qu’est-ce qui serait souligné ?
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