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Allégation environnementale générique : la préciser ou la prouver

Depuis le 27 septembre 2026, un adjectif vert laissé seul sur une page ne passe plus. Deux issues restent : le fait précis écrit à côté de lui, ou une performance reconnue, comme l'Écolabel de l'UE, qui couvre toute sa promesse.

Damien Llado8 min de lecture

Vos fiches produit annoncent un savon éco-responsable, une gamme porte le nom « Green », le bandeau d’accueil promet une boutique eco-friendly. L’équipe chargée de reformuler ces pages se demande s’il faut tout retirer.

Pas toujours. Depuis le 27 septembre 2026, un adjectif vert laissé sans explication est interdit en toutes circonstances, sauf s’il est précisé à côté ou fondé sur une excellence environnementale reconnue1.

Cette excellence passe par l’Écolabel de l’UE, un label officiel équivalent ou la meilleure classe d’un texte européen. Voici où placer la précision, comment réécrire chaque fiche, ce qui rend le mot fautif et ce que l’Écolabel autorise.

Notre article sur les allégations environnementales interdites recense les cinq pratiques bannies.

Où placer la précision pour qu’une allégation ne soit plus générique ?

À côté du mot, ou dans la phrase même, sur la page où il s’affiche. La Commission l’écrit dans sa FAQ : « la spécification de l’allégation devrait figurer à côté de l’allégation, ou en faire partie, en des termes clairs et bien visibles sur le même support »2.

Le considérant 9 précise ce support : « sur le même support, dans le même spot publicitaire, sur le même emballage ou dans la même interface de vente en ligne »1.

L’ARPP résume l’exigence : la justification doit être « immédiate, claire, visible et intégrée au même support »3.

Sur une fiche produit, la précision se place dans le bloc où figure le mot : sous le titre, dans la description courte, au pied du badge. Le reste figure dans notre article sur les allégations sur les fiches produit.

Un bandeau, une vignette ou une pastille manquent souvent de place pour préciser. La FAQ reprend alors les orientations de 2021 : « S’il n’y a pas la place de préciser l’allégation environnementale, l’allégation ne devrait en général pas être faite »2.

Reste le renvoi : le mot sur la fiche, l’explication derrière un lien « en savoir plus », sur une page d’engagements, dans un PDF ou au bout d’un QR code. Aucun texte ne nomme ces renvois pour l’allégation générique.

La FAQ demande la précision « à côté » de l’allégation ou « dans » l’allégation ; notre lecture, prudente, est qu’un renvoi seul s’écarte de cette orientation2. Gardez donc l’essentiel du fait à côté du mot, et réservez le lien au détail : méthode, certificat, calcul.

Une fiche produit fictive, « Coque de téléphone eco-friendly », écrite de trois façons. Le mot seul, sans précision sur la page : allégation environnementale générique, interdite sans excellence reconnue (annexe I, point 4 bis). Le mot et un renvoi « En savoir plus » vers une page d'engagements, un PDF ou un QR code : aucun texte ne nomme ce cas, et selon notre lecture prudente un renvoi seul s'écarte de la FAQ. Le fait à côté du mot, « Coque en plastique recyclé à 70 %, hors film de protection », avec un lien vers la méthode, le certificat et le calcul : l'allégation n'est plus générique et reste jugée sur le fond. En pied, la FAQ de la Commission : la spécification devrait figurer à côté de l'allégation, ou en faire partie
où placer la précision d'une allégation environnementale générique : le mot seul, le renvoi, le fait à côté du mot

Une allégation précisée reste jugée sur le fond. Elle échappe au point 4 bis, mais son sort dépend « de la façon dont elle est présentée et des preuves fournies », et des autres règles de la directive 2005/29/CE sur l’exactitude et les omissions2.

Comment passer d’une allégation générique à une allégation spécifique ?

En remplaçant l’adjectif par le fait qu’il résumait, écrit à côté de lui ou à sa place. Selon l’ARPP, l’allégation spécifique « identifie clairement l’avantage revendiqué, son périmètre, son critère de mesure et, lorsque nécessaire, ses limites, sur le même support que l’allégation »3.

  1. Notez ce que le mot promet.
  2. Nommez l’avantage, le périmètre, la mesure, les limites.
  3. Placez ce fait à côté du mot.
  4. Vérifiez qu’il ne s’étend pas au produit entier.
  5. Gardez la preuve, datée.
  6. Sans fait prouvé, retirez le mot.

Demandez d’abord ce que le mot fait croire : moins de plastique, une matière recyclée, une fabrication proche, un transport court ? La réponse donne l’avantage à nommer, et souvent son périmètre.

L’étape 4 répond au point 4 ter de l’annexe I, qui interdit d’étendre à l’ensemble du produit une allégation qui ne concerne qu’un de ses aspects1. Un étui en carton recyclé ne rend pas la coque recyclée.

L’étape 5 compte autant que la phrase : le fait doit exister avant d’être écrit, et rester vrai tant que la page est en ligne. Un utilisateur de Reddit raconte ce qui arrive quand personne ne vérifie :

Dans mon ancien poste, le marketing avait collé « emballage écologique » sur à peu près tout, et quand le service juridique a enfin vérifié, personne n’a pu produire un seul document à l’appui. En fait, le fournisseur avait changé de matériaux deux ans plus tôt, et personne n’avait rien mis à jour.

Une phrase précise se défend mieux qu’un adjectif : elle dit exactement ce qu’il faut prouver. Le contrôle porte alors sur une matière, une part, un trajet, que votre dossier contient ou non. Notre article pour constituer le dossier de preuve d’une allégation liste les pièces à réunir.

Trois fiches produit réécrites, de l’adjectif au fait précis

  1. Annexe I, 4 bis

    « Coque de téléphone eco-friendly »

    Rien sur la fiche ne dit en quoi.

    Plutôt« Coque en plastique recyclé à 70 %, hors film de protection »

    1 / 3
  2. Annexe I, 4 bis

    « Une livraison green »

    Ni mode de transport ni zone.

    Plutôt« Livraison en vélo cargo dans Paris intra-muros »

    2 / 3
  3. Annexe I, 4 bis

    « Nos bougies éco-responsables »

    Aucun fait derrière le mot.

    Plutôt« Bougies en cire de colza, mèche en coton non blanchi »

    3 / 3

D’autres exemples de phrases réécrites, classés par motif.

Un nom de gamme suit la même règle : renommez-le, ou précisez sur la même page ce qu’il promet.

Qu’est-ce qu’une allégation environnementale générique ?

C’est une allégation environnementale qui réunit trois conditions, fixées par l’article 2, point p), de la directive 2005/29/CE modifiée par la directive (UE) 2024/8251 :

  1. elle est écrite ou orale, « y compris dans les médias audiovisuels » ;
  2. elle « ne fait pas partie d’un label de développement durable » ;
  3. sa spécification n’est pas fournie « en des termes clairs et bien visibles sur le même support ».

Le point 4 bis de l’annexe I interdit en toutes circonstances de « présenter une allégation environnementale générique au sujet de laquelle le professionnel n’est pas en mesure de démontrer l’excellente performance environnementale reconnue en rapport avec l’allégation »1.

Les exemples du considérant 9, comme « vert », « écologique » ou « bon pour le climat », sont passés en revue dans notre article sur les mots interdits par EmpCo. Cette interdiction relève de l’encadrement des allégations environnementales, objet de notre guide.

La FAQ de la Commission de septembre 2026 tranche les cas courants d’une page web2.

Ce qui figure sur la pageGénérique ?Pourquoi
« Éco-responsable » seul sous le titreOuiAucune précision sur la page
Le même mot, la précision juste dessousNonSpécification sur le même support
Une feuille verte, sans aucun texteNonImage seule, jugée au cas par cas
« Un geste pour la planète » sur fond de feuillesPossibleTexte et image se combinent
« Green » inscrit dans un label certifiéNonRégime des labels, point 2 bis

Une image seule échappe à la définition, qui vise l’écrit et l’oral ; elle reste appréciée au cas par cas2. Un mot logé dans un label n’est pas générique, mais ce label doit reposer sur un système de certification ou venir d’une autorité publique2.

Regardez maintenant le titre de vos fiches, les vignettes de vos catégories et le nom de vos gammes : c’est là que l’adjectif vert se pose seul.

Quand l’Écolabel autorise-t-il une allégation environnementale générique ?

Quand le produit est titulaire du label et que ses critères couvrent toute l’allégation12. Le considérant 10 le dit ainsi : « La performance environnementale excellente reconnue invoquée devrait correspondre à l’intégralité de l’allégation concernée. »

L’article 2, point s), admet trois bases1 :

  • l’Écolabel de l’UE, régi par le règlement (CE) n° 66/2010 ;
  • un label EN ISO 14024 de type I, national ou régional, officiellement reconnu ;
  • les meilleures performances fixées par un autre texte de l’Union.

La Commission précise que le produit doit avoir reçu le label, et cite parmi les labels nationaux le Cygne nordique, l’Ange bleu, l’écolabel autrichien et le Milieukeur néerlandais2. En France, le ministère présente l’Écolabel européen comme « le seul écolabel conforme à la norme ISO 14024 (type 1) soutenu par les pouvoirs publics »4.

Sur un produit titulaire, la FAQ admet « meilleur pour l’environnement », « respectueux de l’environnement » (que l’article L541-9-1 interdit pourtant en France sur le produit et l’emballage5), « vert », « écologique » et « eco-friendly »2. Chaque groupe de produits ouvre aussi ses propres formules : pour le papier, « fabriqué à partir de sources recyclées ou durables ». Notre article sur la mention « respectueux de l’environnement » détaille ce cas.

Le label ne vaut que pour ce que ses critères mesurent. « Biodégradable » ne s’appuie pas sur l’Écolabel si ses critères pour ce produit n’en disent rien, et « respectueux » sans complément, « durable » ou « responsable » ne reposent jamais sur la seule excellence environnementale, car ils visent aussi des caractéristiques sociales1.

Aucun de ces textes ne nomme « éco-responsable » ; par prudence, ne le fondez pas sur l’Écolabel européen seul, puisqu’il contient « responsable ».

Ce que l'Écolabel de l'UE permet d'écrire sur un produit titulaire. La FAQ de la Commission admet, si ses critères couvrent toute la promesse : « écologique », « vert », « eco-friendly », « meilleur pour l'environnement » et les formules propres à son groupe de produits. Le label ne fonde pas : « biodégradable » si ses critères pour ce produit n'en disent rien, « durable » et « responsable », qui visent aussi des caractéristiques sociales, ni « éco-responsable », par prudence. Même labellisé, interdit sur le produit et l'emballage : « écologique » sur les mélanges étiquetés CLP (article 25, paragraphe 4), « biodégradable » et « respectueux de l'environnement » en France (article L541-9-1 du Code de l'environnement)
écolabel et allégation générique : ce que le label couvre, ce qu'il ne fonde pas, ce qui reste interdit sur l'emballage

Selon la DGCCRF, « bon pour l’environnement », « sans impact » et « neutre pour l’environnement » « demeurent, de fait, interdites »6. Elle admet en revanche « faible impact environnemental » pour un produit à excellence reconnue, « lorsque les impacts environnementaux ont été évalués de manière complète »6.

Deux règles s’imposent même au produit labellisé. Sur les mélanges étiquetés au titre du règlement CLP (détergents, cosmétiques, peintures), l’article 25, paragraphe 4, écarte « écologique » de l’étiquette et de l’emballage26.

En France, l’article L541-9-1 du Code de l’environnement dispose : « Il est interdit de faire figurer sur un produit ou un emballage les mentions « biodégradable », « respectueux de l’environnement » ou toute autre mention équivalente »5. L’Écolabel ne lève pas cette règle du cadre français du greenwashing.

BaseCe qu’elle permetLimite
Écolabel de l’UE« Écologique », « eco-friendly », formules du groupeCritères du produit, CLP, L541-9-1
Label de type I national reconnuLes mêmes formules généralesProduit titulaire du label
Classe A de l’étiquette énergie« Économe en énergie »Rien au-delà de l’énergie
Aucune de ces basesRien de génériquePréciser ou retirer

Pour retrouver chaque occurrence dans les titres, descriptions courtes, vignettes, noms de gamme et pages anciennes, un audit greenwashing de votre site relève ces mots page par page, rattache chacun à son motif et propose une réécriture, que vous décidez de publier ou non.

Questions fréquentes

Un nom de marque ou de gamme qui contient « green » ou « eco » doit-il changer ?

Pas d'office : selon la Commission, « green », « blue », « eco » ou « natural » dans un nom peuvent devenir une allégation s'ils créent une association environnementale pour le consommateur moyen2.

Dans ce cas, précisez la promesse sur le même support, ou démontrez une excellente performance environnementale reconnue.

Peut-on encore écrire « bio » sur un produit issu de l'agriculture biologique ?

Oui. Le règlement (UE) 2018/848 prime : « bio » et « éco » restent utilisables dans toute l'Union pour signaler la conformité aux règles de l'agriculture biologique, même s'ils pourraient passer pour des allégations génériques2.

La DGCCRF sanctionne-t-elle dès le premier contrôle ?

Elle décrit une politique de suites proportionnée, qui « peut conduire à privilégier dans un premier temps des suites pédagogiques (avertissements) »6.

Elle contrôle ces allégations depuis 2021, et rappelle que la loi Climat et résilience avait déjà préparé les entreprises françaises à l'interdiction des allégations génériques6.

Sources

  1. Directive (UE) 2024/825 du 28 février 2024, EUR-Lex ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5 ↩6 ↩7 ↩8

  2. Questions & Answers, directive on empowering consumers for the green transition, Commission européenne, septembre 2026 ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5 ↩6 ↩7 ↩8 ↩9 ↩10 ↩11 ↩12 ↩13

  3. Directive EmpCo : les nouvelles règles de la communication environnementale, blog de l’ARPP, 15 juillet 2026 ↩ ↩2

  4. L’Écolabel européen, ministère de la Transition écologique, mis à jour le 24 janvier 2025 ↩

  5. Article L541-9-1 du Code de l’environnement, Légifrance ↩ ↩2

  6. Labels, scores et allégations environnementales : la directive (UE) 2024/825 décryptée par la DGCCRF, Ilec, 2 juin 2026 ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5